Je joue du violoncelle, je joue au bridge, je lis et j'écris ... de temps en temps je compose ...

vendredi 9 septembre 2016

François De Bressault : Le Jardin Clos

Nous sommes en 1940, le jeune Malo, treize ans, a quitté Paris avec sa famille et vit dans une petite ville de province. C'est la guerre, son père, mobilisé, ne donne pas toujours de ses nouvelles, la famille ne sait rien de ce qui se passe ni ce que l'avenir réserve. Malo, lui, vit dans son monde, il ne veut pas encore pénétrer dans l'univers des adultes, il cherche ce qui se passe en lui en ce début d'adolescence. La vie continue, le collège religieux, les nouveaux camarades, les cousins et cousines de province ... Malo, brusquement, découvre un sentiment jusqu'alors inconnu en flashant sur un camarade plus âgé. Il sent qu'il arrive dans un domaine secret, un "jardin clos" dont il ne peut guère ouvrir la porte aux autres, ni à son cousin plus âgé qui ne pense qu'à ses petites amies, ni à sa mère qui s'inquiète de la guerre qui approche, ni à ses camarades, et surtout pas aux professeurs, ces religieux qui traquent "les mauvaises mœurs", Malo ne sait même pas au début de quoi il s'agit. Comment peut-on concilier ces amours naissantes et le bouleversement mondial qui occupe tous les esprits, comment vivre cette rupture, c'est à la fois la fin d'une enfance et la fin d'un monde.
François de Bressault, qui a vécu cette période à cet âge - l'histoire a un parfum d'autobiographie - décrit ce rite de passage en une langue très belle. On pense à Roger Peyrefitte, "Les amitiés particulières", à Julien Green. L'enfant est-il content de devenir un jeune homme ? A-t-il l'impression d'être poussé par quelque chose, ou est-ce lui qui manipule les ressorts de l'histoire ?
"Tout à l'heure, sans doute, au collège, il allait rencontrer José qu'il avait juré d'éviter quelques jours plus tôt. Il le recherchait maintenant. Était-ce mal ? Son ami venait de manifester qu'il possédait une conception de l'amitié étrangère jusque-là à Malo. Cela l'effrayait un peu, comme tout ce qu'on ignore. Mais l'enfant, loyalement, avait essayé de calmer l'appétit nouveau de son cœur ; il n'y était pas parvenu. S'il avait été à Paris comme avant la guerre avec ses vieux amis de collège, il n'aurait pas, peut-être, agi de même. Cette coupure dans sa vie semblait l'avoir aussi séparé quelque peu de son enfance. Il désirait autre chose que ses jeux familiers. A près de quatorze ans, on rêve déjà et l'on peut connaître la solitude du cœur. De l'amour de sa mère déjà il se sentait plus loin."
 Aux Editions Books On Demand, 344 pages, 15.60 €